
Les Amazones du Dahomey formaient un corps militaire entièrement féminin, au service des rois du Danxomè du XVIIIe à la fin du XIXe siècle. Leur bravoure a frappé les voyageurs européens, qui leur ont donné ce nom tiré de la mythologie grecque. Au Bénin, elles restent un symbole fort de courage et de fierté nationale. Voici leur histoire, loin des clichés comme des récits romancés.
Agojie, Mino : qui étaient les Amazones du Dahomey ?
En langue fon, on les appelait Agojie (ou Agodjié). On les désignait aussi comme les Mino, « nos mères ». Elles portaient enfin le statut d'ahosi, « épouses du roi » : elles vivaient au palais et ne pouvaient pas se marier ni avoir d'enfants pendant leur service.
Ce statut leur donnait un rang élevé et un grand prestige à la cour. En effet, elles relevaient directement du roi, et non des chefs militaires masculins. Notre page Son histoire replace ce corps dans l'histoire du royaume.
Des chasseresses aux régiments de Ghézo
Les origines des Amazones du Dahomey mêlent tradition orale et sources écrites. Voici les grandes étapes :
- Au XVIIe siècle, la tradition attribue au roi Houégbadja la création de groupes de chasseresses d'éléphants, les gbeto.
- Au début du XVIIIe siècle, la tradition associe aussi la reine Tassi Hangbè à la naissance d'une garde féminine.
- En 1729, une source européenne mentionne pour la première fois ces combattantes, peu après la conquête de Savi et de Ouidah par le roi Agadja.
- Sous Ghézo (1818-1858), le corps devient une composante permanente de l'armée. Les observateurs européens l'estiment alors entre 4 000 et 6 000 femmes.
Au milieu du XIXe siècle, les Agojie représentaient ainsi une part importante des troupes du royaume. Pour comprendre le cadre de leur vie, lisez notre guide des palais royaux d'Abomey.
Organisation, entraînement et combats
D'abord, le recrutement variait selon les époques. Il y avait des volontaires, mais aussi des jeunes filles désignées par leur famille et des captives venues de pays vaincus. Ensuite, l'entraînement était très dur. Par exemple, les recrues devaient franchir des barrières d'épineux, pieds nus, lors d'exercices publics.
À la cour, les Agojie participaient aussi aux grandes cérémonies annuelles, appelées « coutumes », où elles défilaient devant le roi et les visiteurs étrangers. Par ailleurs, les sources décrivent plusieurs unités spécialisées :
- fusilières : elles formaient le gros des troupes ;
- « faucheuses » : elles maniaient de grands rasoirs ;
- chasseresses d'éléphants : elles étaient réputées pour leur audace ;
- archères et artilleuses : elles restaient moins nombreuses.
Les Amazones du Dahomey ont connu des victoires, mais aussi de lourds revers. En 1851 puis en 1864, les attaques contre la ville fortifiée d'Abeokuta, dans l'actuel Nigeria, échouent et coûtent de nombreuses vies.
Face à la conquête française (1890-1894)
En 1890, lors de la première guerre franco-dahoméenne, les Agojie attaquent notamment les positions françaises de Cotonou. Puis, en 1892, le colonel Dodds lance une nouvelle campagne vers Abomey. Les guerrières livrent alors des combats acharnés, souvent au corps à corps. Face à l'artillerie et aux fusils modernes, leurs pertes sont cependant terribles.
Après la reddition de Béhanzin et l'installation du protectorat en 1894, le corps disparaît. Des décennies plus tard, en 1978, un historien béninois rencontre Nawi, une ancienne combattante qui affirmait avoir affronté les Français en 1892. Elle meurt en novembre 1979, à plus de cent ans, et reste depuis la dernière survivante connue.
Une mémoire vivante au Bénin
Aujourd'hui, les Amazones du Dahomey occupent une place centrale dans la mémoire nationale. Plusieurs signes en témoignent :
- Le monument de l'Amazone : inaugurée fin juillet 2022 par le président Patrice Talon, cette statue de 30 mètres domine l'esplanade des Amazones, à Cotonou, près du boulevard de la Marina.
- La marque-pays : depuis 2025, le logo « Bénin, un monde de splendeurs » reprend la figure des Amazones du Danxomè. Lisez notre article Tourisme : « Bénin, un monde de splendeurs ».
- Le futur musée d'Abomey : le Musée des Rois et des Amazones du Danxomè (MuRAD) leur consacrera une large place. Il doit aussi accueillir les œuvres présentées dans notre dossier sur la restitution des trésors royaux d'Abomey.
Au cinéma, le film américain The Woman King (2022), réalisé par Gina Prince-Bythewood avec Viola Davis, a fait connaître les Agojie dans le monde entier. Son récit se situe dans les années 1820, sous Ghézo. Toutefois, il reste une fiction : plusieurs historiens ont notamment relevé qu'il minimise la place de la traite dans l'économie du royaume. Le nom de son héroïne, Nanisca, est d'ailleurs celui d'une jeune combattante tuée lors de l'attaque de Cotonou en 1890.
Questions fréquentes
Les Amazones du Dahomey ont-elles vraiment existé ?
Oui, car de nombreux témoignages européens du XVIIIe et du XIXe siècle les décrivent. De plus, la tradition orale béninoise et les travaux d'historiens confirment leur rôle.
Pourquoi les appelle-t-on « Amazones » ?
Parce que les Européens les ont comparées aux femmes guerrières de la mythologie grecque. Au Bénin, on préfère d'ailleurs souvent les noms d'Agojie ou de Mino.
Où découvrir leur histoire au Bénin ?
À Cotonou, devant le monument de l'Amazone, puis à Abomey, sur le site des palais royaux. Le MuRAD, attendu à Abomey, deviendra ensuite le lieu de référence.
L'histoire des Amazones du Dahomey se comprend mieux sur place, d'Abomey à Cotonou. Pour préparer ce voyage, demandez votre visa électronique et consultez notre page Visiter le Bénin ; Consulat honoraire du Bénin à Liège reste à votre écoute via la page Contact.
Sources
- Gouvernement du Bénin : À la découverte du monument de l'Amazone
- Smithsonian Magazine : The Real History Behind The Woman King (en anglais)
- Wikipédia : Amazones du Dahomey
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