La statue de Béhanzin se dresse sur la place Goho, au centre d'Abomey. Elle honore le roi du Danxomè qui mena la résistance contre la conquête française jusqu'en 1894. Le lieu lui-même porte la mémoire de la fin du royaume indépendant.
Béhanzin, roi de la résistance
Né vers 1845 sous le nom de prince Kondo, Béhanzin (ou Gbèhanzin) succède à son père Glèlè et règne sur le Danxomè à partir de 1890. Son emblème personnel associe un œuf, un requin et deux cocotiers. Le requin évoque l'audace du roi face aux Européens.
Béhanzin refuse les traités qui placeraient le royaume sous tutelle. La France mène contre lui deux guerres. En novembre 1892, le corps expéditionnaire du général Dodds atteint Abomey ; le roi fait incendier ses palais et poursuit la lutte.
Il se rend en janvier 1894 aux troupes françaises, à Goho. Les sources divergent sur la date exacte : certaines retiennent le 15 janvier, d'autres le 25 janvier 1894. La France installe alors sur le trône son frère Agoli-Agbo.
L'exil et le retour
Selon le récit rapporté par son fils, Béhanzin pensait être conduit en France pour rencontrer le président de la République. Il fut en réalité déporté en Martinique en 1894, d'abord détenu au fort Tartenson, puis assigné à résidence. Cette promesse ne fut jamais tenue.
En 1906, il est transféré en Algérie. Il meurt à Alger le 10 décembre 1906. Ce n'est qu'en 1928 que le gouvernement français accorde à sa famille le retour de ses restes à Abomey, où ils sont inhumés avec les honneurs.
La place Goho et la statue de Béhanzin
Selon le quotidien béninois La Nation, la place portait autrefois le nom de Kpatinlin et était liée au palais du roi Glèlè. C'est à Goho que Béhanzin et le général Dodds se rencontrèrent pour la reddition, et que Dodds installa son campement. En novembre 1974, le gouvernement militaire révolutionnaire y prononça le « discours de Goho », qui annonçait le choix du marxisme-léninisme.
La statue, en alliage de cuivre, mesure plus de six mètres. Une notice de l'université d'État de Cleveland la date de 1979 et l'attribue à l'atelier nord-coréen Mansudae ; d'autres sources donnent 1978. Le roi porte les attributs royaux, dont les sandales réservées aux souverains et le sceptre makpo.
Le geste de la main tendue, paume en avant, se lit comme un ordre d'arrêt : le refus de livrer la terre des ancêtres à l'occupant. Devant la statue, une fontaine et un bassin rectangulaire ; autour, des médaillons portent les emblèmes des anciens rois.
Sens et mémoire
Pour les Béninois, la place Goho réunit plusieurs mémoires : la chute du royaume indépendant, la résistance d'un roi et un moment clé de l'histoire politique du pays après l'indépendance.
La tradition attribue à Béhanzin une phrase souvent citée : « Le requin se rend, mais les fils du requin ne trahiront pas. » Elle résume l'image d'un souverain vaincu par les armes mais pas dans son honneur.
La visite de la place se combine naturellement avec celle des palais royaux d'Abomey, où se trouve le palais de Béhanzin, restauré avec l'appui de l'UNESCO. Ensemble, le palais et la place racontent les dernières années du royaume indépendant.
Préparer sa visite
La place Goho se trouve dans le centre d'Abomey, à environ 150 km au nord de Cotonou, et se visite en même temps que les palais royaux. C'est un espace public : aucune règle de visite officielle n'est publiée. Respectez la dimension mémorielle du lieu et, pour une lecture approfondie de l'histoire de Béhanzin, faites-vous accompagner par un guide du musée historique d'Abomey ou renseignez-vous auprès de l'office du tourisme.
Horaires et tarifs peuvent changer : renseignez-vous sur place ou auprès de l'office du tourisme avant de vous déplacer.
Sources
- The Bright Continent (Cleveland State University) : Akhosu Behanzin, North Korean Style
- La Nation : Places publiques au Bénin, ces statues qui racontent l'histoire (15 mars 2023)
- Histoire coloniale et postcoloniale : la promesse trahie ou la déportation de Béhanzin
- Wikipédia : Béhanzin
- Wikipédia : Musée historique d'Abomey
Fiche vérifiée en septembre 2026.




