La Route des Esclaves de Ouidah relie, sur environ quatre kilomètres, l'ancienne place des enchères du centre-ville à la plage où se dresse la Porte du Non-Retour. Jalonnée de monuments et d'œuvres d'artistes béninois, elle rappelle les dernières étapes imposées aux captifs avant leur déportation vers les Amériques.
Histoire de la Route des Esclaves de Ouidah
Au XVIIIe siècle, Ouidah est l'un des grands ports de la traite atlantique sur la « Côte des esclaves ». Le comptoir relève d'abord du royaume xwéda. Après la conquête de la ville par le Danxomè en 1727, sous le roi Agadja, ce sont les Fon qui conduisent les échanges avec les forts portugais, français, anglais et néerlandais.
Selon l'historien Robin Law, cité dans une étude publiée par l'Université de Liège, plus d'un million de captifs ont quitté le comptoir de Ouidah pour les Amériques. Le dossier déposé par le Bénin auprès de l'UNESCO rappelle que la traite a marqué toute l'histoire du Danxomè, du règne d'Agadja à celui de Guézo.
Le parcours actuel est une création mémorielle. Il a été balisé pour le festival « Ouidah 92 », organisé en février 1993 à l'initiative du président Nicéphore Soglo. Le 1er septembre 1994, Ouidah accueille la conférence de lancement du projet de l'UNESCO « La Route de l'esclave », qui veut « briser le silence » sur la traite et l'esclavage.
Les six étapes du parcours
Du centre-ville vers l'océan, le circuit compte six étapes principales :
- La place des enchères, aussi appelée place Chacha, qui évoque la vente des captifs. Le nom renvoie au négrier Francisco Félix de Souza (1754-1849), dit Chacha, dont les descendants vivent toujours près de la place.
- L'arbre de l'Oubli, lié à un rituel par lequel on voulait faire oublier aux captifs leurs racines.
- La case Zomaï, où les captifs étaient enfermés en attendant l'arrivée des navires.
- Le mémorial de Zoungbodji, qui matérialise la fosse commune où étaient jetés les captifs morts.
- L'arbre du Retour, associé au rituel censé permettre à l'âme des déportés de revenir sur leur terre natale après la mort.
- La Porte du Non-Retour, sur la plage, qui évoque la montée à bord des navires.
La plupart des sculptures d'origine sont l'œuvre de Cyprien Tokoudagba. Dominique Kouas a réalisé les statues de la case Zomaï et de Mami Wata. Le mémorial de Zoungbodji associe Fortuné Bandeira et les frères Dakpogan.
Sens et mémoire
La route n'est pas un chemin conservé à l'identique. C'est un itinéraire symbolique : l'historien Robin Law a d'ailleurs discuté l'exactitude historique de certaines étapes. Sa force tient à ce qu'il donne un lieu au souvenir des déportés.
Le parcours a évolué avec le temps. En 1998, le mémorial Zomachi est édifié près de la case Zomaï. En 1999, la place des enchères est réhabilitée par la commune avec la coopération allemande. Les œuvres ont aussi souffert : les objets que tenaient certaines statues ont disparu et plusieurs textes explicatifs ont été effacés.
En 2021, le Bénin a inscrit sur sa liste indicative de l'UNESCO un bien en série, Sites marquants de la Route de l'Esclave au Bénin. À Ouidah, il comprend la place aux enchères, le fort portugais, les sites du village de Zoungbodji et l'embarcadère de Djègbadji, où se trouve la Porte du Non-Retour.
Un parcours en cours de réaménagement
L'Agence nationale de promotion des patrimoines et de développement du tourisme (ANPT) conduit le projet de reconstruction à l'identique de la cité historique de Ouidah, financé par la Banque mondiale. Il prévoit la réhabilitation de la place aux enchères, du mémorial de Zoungbodji, de l'arbre du Retour et de la Porte du Non-Retour, ainsi que la construction de la route de l'esclave, de la place aux enchères à la plage.
Fin 2024, la presse béninoise faisait état de travaux sur l'ensemble du tracé, de la place aux enchères à la Porte du Non-Retour, en passant par l'arbre de l'Oubli. L'ANPT annonce aussi, dans un second temps, des travaux sur la case Zomaï et sur le fort français.
Préparer sa visite
Ouidah se trouve à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Cotonou. Le parcours part de la place des enchères, dans le centre, et descend jusqu'à la plage. Une partie des textes explicatifs a disparu : un guide local aide à comprendre chaque étape et son histoire. La route est un lieu de mémoire ; une attitude recueillie est de mise, en particulier aux mémoriaux. Des travaux de réaménagement sont en cours : renseignez-vous sur place sur l'accès aux différentes étapes.
Horaires et tarifs peuvent changer : renseignez-vous sur place ou auprès de l'office du tourisme avant de vous déplacer.
Sources
- UNESCO, liste indicative : Sites marquants de la Route de l'Esclave au Bénin (2021)
- R. Goussanou, « La Route de l'esclave de Ouidah », Cahiers Mémoire et Politique, Université de Liège
- UNESCO, 20e anniversaire du projet La Route de l'esclave
- ANPT, Projet Ouidah : reconstruction à l'identique de la cité historique
- Le Béninois Libéré, réhabilitation de la Route de l'Esclave (décembre 2024)
Fiche vérifiée en septembre 2026.




