Aux portes du centre de Ouidah, la forêt sacrée de Kpassè est un îlot de verdure consacré aux divinités vodun. Selon la tradition, le roi Kpassè, fondateur du royaume houéda, y aurait disparu pour renaître dans un iroko. Ouverte aux non-initiés depuis le festival Ouidah 92, elle est aussi un musée à ciel ouvert.
La légende de la forêt sacrée de Kpassè
La forêt porte le nom du roi Kpassè. La tradition en fait le deuxième roi de Savi et le fondateur du royaume houéda, qui dominait la région de Ouidah avant la conquête fon du Danxomè.
Selon le récit transmis par les gardiens du lieu, le roi disparut un jour de façon mystérieuse. Il serait réapparu dans le tronc d'un iroko, au cœur de la forêt. Depuis, l'arbre et le bois qui l'entoure sont tenus pour sacrés.
L'iroko de Kpassè se dresse toujours à l'endroit le plus sacré de la forêt, entouré d'un tissu blanc. Les visiteurs ont coutume d'y formuler un vœu.
Les sources ne s'accordent pas sur la date de cet épisode légendaire. Il appartient à la tradition orale et non à l'histoire écrite.
Ouidah 92 et l'ouverture au public
Longtemps réservée aux initiés, la forêt s'ouvre au public à l'occasion du festival Ouidah 92. Lancé par le président Nicéphore Soglo en avril 1992, avec l'appui de l'UNESCO, le festival se tient finalement du 8 au 18 février 1993.
Son but est de revaloriser les cultes vodun, longtemps tenus à l'écart de l'espace public. Des délégations venues d'Haïti, de Cuba, du Brésil, des États-Unis et d'Europe y participent. La forêt de Kpassè compte parmi les sites choisis pour l'événement.
Des artistes reçoivent alors des commandes d'œuvres liées au vodun, dont Cyprien Tokoudagba et Calixte Dakpogan. Depuis, la forêt est à la fois un lieu de rites et un musée d'art contemporain à ciel ouvert.
À voir sur place
Le long des sentiers, plus d'une vingtaine de statues représentent des divinités et des figures du vodun. Beaucoup sont l'œuvre de Cyprien Tokoudagba (1939-2012), artiste béninois exposé à l'étranger.
- Lègba et Tolègba, gardiens et messagers.
- Hêbiosso, divinité du tonnerre, parfois représentée en couple.
- Sakpata, lié à la terre et à la maladie.
- Gu, divinité du fer et de la guerre.
- Mami Wata, divinité des eaux.
- Zangbéto, gardien de la nuit.
Au cœur du bois se trouve l'iroko sacré du roi Kpassè. Le guide y raconte la légende et explique les rites qui s'y déroulent.
Sens et préservation
La forêt reste un lieu de culte vivant. Plusieurs divinités y sont installées et de grandes cérémonies rituelles y sont organisées de façon périodique.
C'est aussi un refuge de nature en ville. On y a recensé 36 espèces végétales de 20 familles, dont des plantes médicinales. On y observe notamment des écureuils, des chauves-souris et des serpents.
La forêt couvrait environ 30 hectares à l'origine. Avec l'extension de la ville, elle n'en compte plus qu'environ 4 et se trouve aujourd'hui entièrement entourée de quartiers. Sa préservation est un enjeu pour Ouidah.
Le saviez-vous ?
Parmi les arbres de la forêt figure un faux kapokier âgé d'environ quatre siècles. Les légumineuses et les moracées, la famille de l'iroko, sont les familles de plantes les mieux représentées.
Le festival Ouidah 92 a aussi donné naissance à la Route de l'Esclave, un parcours de 3 kilomètres jalonné de six étapes symboliques entre la ville et la plage. La forêt de Kpassè et cette route sont souvent visitées le même jour.
Depuis son ouverture, la forêt reçoit des visiteurs de nombreux pays, d'Afrique, d'Europe, des Amériques et d'Asie. On y croise notamment des visiteurs venus de France, des Pays-Bas, d'Haïti, du Brésil, des États-Unis et de Chine.
Préparer sa visite
La visite se fait avec un guide présent sur le site, qui explique les statues et les rites. La forêt est un lieu sacré : ne touchez pas les autels ni les offrandes, suivez les indications du guide et demandez avant de photographier. Portez des chaussures fermées et une protection contre les moustiques. Aucun horaire ni tarif officiel n'est publié en ligne : renseignez-vous sur place ou auprès de l'office de tourisme de Ouidah.
Horaires et tarifs peuvent changer : renseignez-vous sur place ou auprès de l'office du tourisme avant de vous déplacer.
Sources
- Matin Libre : la forêt sacrée de Kpassè, un riche patrimoine à préserver (20 août 2024)
- Cultures & Patrimoines : les statues de la forêt sacrée de Kpassè expliquées
- Ouidah Origins : The Sacred Forest of Kpassè
- Wikipédia : Forêt sacrée de Kpassè
- Wikipédia : Festival Ouidah 92
Fiche vérifiée en septembre 2026.




