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La Conférence nationale de 1990, tournant démocratique du Bénin

Du 19 au 28 février 1990, la Conférence nationale de 1990 a mis fin au régime révolutionnaire du Bénin. Contexte, décisions, transition et héritage.

Politique et institutionsPublié le 08 septembre 20265 min de lecture
La Conférence nationale de 1990, tournant démocratique du Bénin

La Conférence nationale de 1990 reste l'événement fondateur du Bénin contemporain. Réunis à Cotonou du 19 au 28 février 1990, les délégués des « forces vives de la Nation » ont tourné sans violence la page du régime révolutionnaire et posé les bases d'une démocratie pluraliste. Voici comment ce moment s'est préparé, ce qu'il a décidé et ce qu'il en reste aujourd'hui.

Un régime à bout de souffle

Depuis 1972, le pays vit sous l'autorité de Mathieu Kérékou. Le régime se réclame alors du marxisme-léninisme et repose sur un parti unique, le Parti de la révolution populaire du Bénin. Pourtant, à la fin des années 1980, la crise devient générale. Ainsi, les banques publiques s'effondrent, les fonctionnaires attendent plusieurs mois de salaire et les étudiants multiplient les grèves.

Les 6 et 7 décembre 1989, une session conjointe des organes du parti et de l'État prend alors deux décisions majeures. D'une part, le régime abandonne le marxisme-léninisme comme doctrine officielle. D'autre part, il accepte de convoquer une conférence nationale. Puis, le 22 décembre 1989, un comité préparatoire présidé par le ministre Robert Dossou se met au travail. Pour replacer cette période dans la durée, lisez notre dossier sur l'histoire politique du Bénin.

Dix jours à l'hôtel PLM Alédjo

Les travaux s'ouvrent enfin le lundi 19 février 1990 à l'hôtel PLM Alédjo de Cotonou. Près de 500 participants y représentent les partis politiques, les syndicats, les paysans, l'administration, les confessions religieuses et les associations de développement. Mgr Isidore de Souza, archevêque coadjuteur de Cotonou, en dirige les débats, tandis que le professeur Albert Tévoédjrè en assure la fonction de rapporteur général.

Très vite, la Conférence nationale de 1990 refuse de rester un simple organe consultatif. Ainsi, par une déclaration datée du 24 février 1990, elle proclame sa souveraineté et la force exécutoire de ses décisions. Le texte recueille 372 voix pour, 17 contre et 17 abstentions. Face à ce choix, le président Kérékou renonce à l'épreuve de force et accepte un compromis.

Les grandes décisions de la Conférence nationale de 1990

Au terme de dix jours de débats, les délégués adoptent un ensemble de mesures qui dessinent la transition :

  • la Loi fondamentale de 1977 est abrogée ;
  • le pays reprend, dès le 1er mars 1990, le nom de République du Bénin ;
  • Nicéphore Soglo, économiste passé par la Banque mondiale, devient Premier ministre d'un gouvernement de transition ;
  • un Haut Conseil de la République, présidé par Mgr de Souza, fait office de Parlement provisoire ;
  • une commission indépendante doit rédiger une nouvelle Constitution, soumise ensuite à référendum.

Mathieu Kérékou reste chef de l'État jusqu'aux élections, mais avec des pouvoirs réduits. Ce partage inédit a donc permis d'éviter la rupture brutale. Lors de la clôture, le 28 février, le rapport général résume l'état d'esprit des délégués par une formule restée célèbre : « Nous avons vaincu la fatalité ».

De la transition à la Constitution de décembre 1990

Le Haut Conseil de la République s'installe le 9 mars 1990. Ensuite, la commission constitutionnelle, présidée par le juriste Maurice Ahanhanzo Glèlè, adopte son avant-projet le 9 août. Après plusieurs mois de débats, les électeurs approuvent le texte par référendum le 2 décembre 1990. Puis la Constitution est promulguée le 11 décembre 1990.

Enfin, les élections législatives de février 1991 et la présidentielle de mars 1991 achèvent la transition. Au second tour, le 24 mars, Nicéphore Soglo l'emporte face à Mathieu Kérékou, qui accepte le verdict des urnes. Cette alternance pacifique donne tout son sens au processus engagé un an plus tôt.

Un modèle pour l'Afrique francophone

Considérée comme la première conférence nationale d'Afrique francophone, l'expérience béninoise inspire rapidement la région. Ainsi, le Gabon réunit la sienne dès 1990. En 1991, le Congo, le Mali, le Niger et le Togo suivent la même voie, avant le Zaïre. Toutefois, les résultats varient fortement d'un pays à l'autre.

Au Bénin, l'héritage de la Conférence nationale de 1990 reste visible. En effet, la Constitution du 11 décembre 1990, révisée en 2019 puis en 2025, demeure le socle du système actuel. Notre guide des institutions du Bénin montre comment elle s'organise aujourd'hui, et notre page vie politique et institutions en donne l'essentiel.

Questions fréquentes

Pourquoi parle-t-on de conférence « souveraine » ?

Parce que les délégués ont déclaré leurs décisions exécutoires, sans validation préalable du pouvoir en place. De ce fait, la réunion a dépassé le rôle consultatif prévu au départ.

Qui a présidé la Conférence nationale de 1990 ?

Mgr Isidore de Souza, alors archevêque coadjuteur de Cotonou, a dirigé les débats. Il a ensuite présidé le Haut Conseil de la République pendant la transition.

Quelle est la date de la Constitution qui en est issue ?

Les électeurs l'ont approuvée le 2 décembre 1990, et sa promulgation date du 11 décembre 1990. Elle reste en vigueur après ses révisions de 2019 et de 2025.

Qui est devenu président après la Conférence ?

Nicéphore Soglo, Premier ministre de la transition, a remporté la présidentielle de mars 1991. Il a exercé un mandat de cinq ans, jusqu'en 1996.

Cet épisode fait partie de la mémoire commune de tous les Béninois, y compris ceux de la diaspora. Pour découvrir les autres étapes de l'histoire du pays, consultez notre page Son histoire. Pour vos démarches, comme une carte consulaire ou une légalisation de documents, Consulat honoraire du Bénin à Liège vous répond via la page de contact.

Sources

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